De Sein jusqu'à Ouessant ...

 

Elles vont à pas lents,

Les yeux noyés de brume,

Le coeur gonflé d'écume,

Vierges en noir et blanc.

 

Leur vie n'est que sanglots,

Leur vie n'est que misère,

Depuis qu'Yvon et Pierre

Dorment au fond des flots.

 

Dans le soir qui descend,

Lugubre et monotone,

Monte un glas qui résonne

De Sein jusqu'à Ouessant.

Par des chemins dormants

 

Elles vont au calvaire,

Disent un Notre Père,

Que la brise reprend.

Et qu'importent ces gens

 

Qui des yeux les escortent,

Les bruits de toutes sortes,

Elles oublient le temps.

A quoi bon ce printemps

 

Jouant sur les ardoises

Et sur la Mer d'Iroise,

Ce soleil indécent.

Maudit soit l'océan

 

Qui a pris dans ses mailles

Ceux qui livraient bataille

Pour nourrir leurs enfants.

Elles vont à pas lents

 

Et le vent qui les mène

Va, colportant leurs peines

De Sein jusqu'à Ouessant ...

 

Roberte Godelle-Caron.

Sortie

Yvette Nico