Mon beau pays.

Ariège mon pays, pays de douce France,
J'aime tes frais vallons et tes claires rivières,
Tes sommets orgueilleux, rêves de mon enfance,
Où gambade l'isard et scintillent les pierres.

Que de contes charmants le soir à la veillée
Aux timides débuts du siècle de lumière,
Mais combien sombre aussi sera la maisonnée
Pour ceux qui vont pleurer un fils ou bien un père.

Un aigle dit un jour en assemblée austère
Que l'Ariège produit des hommes et du fer.
Est-ce donc pour cela que plus tard sur la terre
Tes enfants ont connu les affres de l'enfer ?
 
Ils étaient si nombreux. Etaient-ils trop nombreux
Tous ses fiers Ariégeois qui par un clair matin
De simples paysans se muèrent en preux ?
La guerre avait tracé l'implacable chemin.
 
Ils riaient. Ils chantaient. Ils étaient fils de Dieu.
Mais de courte durée dans la tranchée obscure
Fut ce chant de départ qui fut un chant d'adieu.
Leurs doigts se sont crispés sur cette terre dure.

Témoins les noms dorés sur les plaques de marbre,
Livret de désespoir des familles en deuil,
Et de nos bois touffus pas le plus petit arbre
N'a connu la façon du modeste cercueil.

Ceux qui ont survécu ont fui vers la grande ville,
Les vieux se sont éteints,emportant leur tourment.
Ils restent bien trois cents, mais ils étaient trois mille.
Ecoutez les volets qui frappent dans le vent !
 
Las nous ne verrons plus nos vieilles grand-mères,
Le regard triste et doux posé sur les enfants,
Lorsqu'elles égrenaient litanies et prières,
Assises près de l'âtre où s'écoulait le temps.

Je m'arrête parfois au pied de ces murailles
Qui furent le logis de gens simples heureux.
C'est comme une douleur qui me prend aux entrailles
Devant ces souvenirs lézardés et terreux.

Ustou, mon beau pays, combien longtemps encore
Retentiront les chants qui sortent de ton coeur
Et montent dans le soir, là haut, jusque au port !
L'angelus n'est plus là pour le jour qui se meurt.

Et lorsque tristement à l'église romane,
La cloche sonnera le glas de mon trépas,
Mon âme rejoindra la longue caravanne
Des âmes qui s'en vont et ne reviennent pas.

Je voudrais reposer sous un ciel de lierre,
A l'ombre des tilleuls, face à ces monts aimés,
Dans le calme serein du petit cimetère
Où tant de mes aïeux sont déjà inhumés.

Ne pleure pas ami car ce n'est qu'un poëme,
Mais si le ciel voulait qu'un jour dans ma vallée,
Tu promènes tes pas et que plus tard tu l'aimes,
Alors, pose une fleur sur le bord de l'allée.


 

R.Périssé. 1922- 1998
Envoyé par son fils avec autorisation de publier
 

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Mise en page Yvette Nico