Solitude

 

La clé tremblante pousse une chape de silence

L’ombre s’ourle, silhouette hésitante

Un soupir affole la poussière flottante

Comment déchirer cette trame d’absence ?

 

Partager, à défaut de vie, son semblant d’être

Avec le présent immobile, muet, morbide

Forcer les gestes qui pousseront vers peut-être

Le corps secoué par un mal être humide

 

Avoir froid dans ses sens, par des nuits sans trêves

Réveille d’inopportuns phantasmes dans le cœur

Palper les fractions du temps sans rêve

Refouler le désir et surprendre la douleur

 

L’ordre n’existe plus dans un cerveau de poisse

Ne pouvant échapper aux souvenirs heureux

Mêlant volupté et horreur, beauté et angoisse

S’étonnant d’être encore présent au matin soucieux

 

Est-ce un visage, cette onde triste, indécise

Ces lèvres serrées, tordues sur un sourire amer

Ce regard répandu entre boue et hiver

Cherchant l’éclat perdu d’une joie imprécise ?

 

Brutale, sèche, sortie des entrailles

L’angoisse explose, inondant espace et réalité

S’étourdir, de dissoudre ou passer murailles

Pour fuir ce silence vibrant de velléités

 

Geste automatique, idée éphémère

Vivre en parallèle, s’absenter de soi

Etancher la pénombre, s’inonder de lumière

La bouche s’ouvre sur une prière sans voix

 

Prendre mille pusillanimes résolutions

Eructer des fleurs, pleurer du sable

Crier de la buée, implorer, vaines supplications

D’un esprit misérable, de membres incapables

 

Réagir sans agir, esquisser sans constance

Mâcher insipide dans une aube artificielle

Penser qu’il faut penser, délaver l’émotionnel

Energie diluée, forces aspirées par l’inespérance

Vous réveillerez vous ?

 

La plume court, l’émotion écrit

 

Bernard Brunet 14 Novembre 1992

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Mise en page René Piel